Décryptage d’un dialogue direct entre le microbiote intestinal et le cerveau

par | 21 Avr 2022 | VEILLE QVCT | 0 commentaires

« Les analyses et propos présentés dans cet articles n’engagent que son auteur. »

VEILLE : QVCT – SANTÉ – BIEN-ÊTRE – QUALITÉ DE VIE – ENVIRONNEMENT

DOMAINE : HUMAIN – MANAGEMENT – ORGANISATION – SOCIÉTÉ

MOTS CLÉS : CERVEAU – MICROBIOTE INTESTINAL

DATE : 15 avril 2022

AUTEUR(S) : INSERM

LIEN : INSERM

RÉSUMÉ OU EXTRAIT DE L’ARTICLE :

Des produits dérivés du microbiote intestinal se retrouvent dans la circulation sanguine et modulent les processus physiologiques de l’hôte, tels que l’immunité, le métabolisme et les fonctions cérébrales. Des scientifiques de l’Institut Pasteur (organisme de recherche partenaire d’Université Paris Cité), de l’Inserm et du CNRS ont découvert dans un modèle animal que des neurones de l’hypothalamus détectent directement les variations de l’activité bactérienne et adaptent l’appétit et la température corporelle en conséquence. Ces résultats montrent l’existence d’un dialogue direct entre le microbiote intestinal et le cerveau, une découverte qui pourrait être exploitée pour de nouvelles approches thérapeutiques contre les troubles métaboliques, tels que le diabète ou l’obésité.

Le microbiote intestinal constitue le plus grand réservoir de bactéries de l’organisme. De plus en plus de travaux montrent combien l’hôte et son microbiote intestinal sont dépendants l’un de l’autre, et soulignent l’importance de l’axe intestin-cerveau.

A l’Institut Pasteur, des neurobiologistes de l’unité Perception et mémoire (Institut Pasteur/CNRS) (1), des immun biologistes de l’unité Microenvironnement et immunité (Institut Pasteur/Inserm), et des microbiologistes de l’unité Biologie et génétique de la paroi bactérienne (Institut Pasteur/CNRS/Inserm) (2) ont mis en commun leurs expertises pour comprendre comment les bactéries de l’intestin peuvent avoir un effet direct sur l’activité de certains neurones du cerveau.

Les scientifiques se sont intéressés particulièrement au récepteur NOD2 (Nucleotide Oligomerization Domain) qui est présent à l’intérieur des cellules, en particulier des cellules immunitaires. Ce récepteur détecte la présence de muropeptides, des composés des parois bactériennes, qui peuvent être considérés comme les produits dérivés du microbiote intestinal.

Par ailleurs, il était déjà connu que des variants du gène codant pour le récepteur NOD2 sont associés à certaines maladies du système digestif, telles que la maladie de Crohn, mais aussi à certaines maladies neurologiques ou troubles de l’humeur.

Ces données ne permettaient pas encore de conclure à un rapport direct entre le fonctionnement des neurones du cerveau et l’activité bactérienne de l’intestin. C’est ce qu’a mis en lumière dans cette nouvelle étude le consortium de scientifiques.

Grâce à des techniques d’imagerie cérébrale, les scientifiques ont tout d’abord observé, chez la souris, que le récepteur NOD2 est exprimé par des neurones de différentes régions du cerveau, et en particulier dans un centre nommé l’hypothalamus. Ils ont ensuite découvert que ces mêmes neurones voient leur activité électrique réprimée lorsqu’ils rencontrent des muropeptides bactériens issus de l’intestin. Les muropeptides sont libérés par les bactéries lorsqu’elles prolifèrent. « Les muropeptides présents dans l’intestin, le sang et le cerveau sont considérés comme les marqueurs de la prolifération bactérienne », explique Ivo G. Boneca, responsable de l’unité Biologie et génétique de la paroi bactérienne à l’Institut Pasteur (CNRS/Inserm).

À l’inverse, dans le cas où le récepteur NOD2 est défaillant, ces neurones ne sont plus réprimés par les muropeptides ; le cerveau perd alors le contrôle de la prise alimentaire et de la température corporelle.

En conséquence, les souris prennent du poids et sont plus susceptibles à développer un diabète de type 2, en particulier chez les femelles âgées.

Chose étonnante, les scientifiques ont montré ici que ce sont les neurones qui perçoivent directement les muropeptides bactériens, alors que cette tâche est généralement dévolue aux cellules du système immunitaire. « Il est stupéfiant de découvrir que des fragments bactériens agissent directement sur un centre nerveux aussi stratégique que l’hypothalamus, connu pour gérer des fonctions vitales comme la température corporelle, la reproduction, la faim, ou la soif » commente Pierre-Marie Lledo, chercheur CNRS et responsable de l’unité Perception et mémoire à l’Institut Pasteur.

Ainsi, les neurones semblent détecter l’activité bactérienne (la prolifération et la mort) pour mesurer directement l’impact de la prise alimentaire sur l’écosystème intestinal. « Il est possible qu’une prise alimentaire excessive ou un aliment particulier favorise l’expansion exagérée de certaines bactéries ou de pathogènes, et mette ainsi en danger l’équilibre intestinal », souligne Gérard Eberl, responsable de l’unité Microenvironnement et immunité à l’Institut Pasteur (Inserm).

Étant donné l’impact des muropeptides sur les neurones de l’hypothalamus et le métabolisme, on peut s’interroger sur leur rôle dans d’autres fonctions du cerveau, et ainsi comprendre l’association entre certaines maladies du cerveau et les variants génétiques de NOD2. Cette découverte ouvre la voie à de nouveaux projets interdisciplinaires pour les trois équipes de recherche et à terme, à de nouvelles approches thérapeutiques contre les maladies du cerveau, ou les maladies métaboliques comme le diabète et l’obésité.

(1) Unité de recherche portant aussi le nom de « Gènes, synapses et cognition » (Institut Pasteur/CNRS). A également participé à ces résultats, l’Institut du cerveau et de la moelle épinière (CNRS/Inserm/Sorbonne Université/AP-HP).

(2) Autre nom de l’unité CNRS : « Microbiologie intégrative et moléculaire », autre nom de l’unité Inserm : « Interactions hôte-microbes et pathophysiologie » (Institut Pasteur/CNRS/Inserm).

COMPLEMENT D’INFORMATION :

Microbiote intestinal (flore intestinale)

Une piste sérieuse pour comprendre l’origine de nombreuses maladies

Lien : https://www.inserm.fr/dossier/microbiote-intestinal-flore-intestinale/

Notre tube digestif abrite pas moins de 1013 micro-organismes, soit autant que le nombre de cellules qui constituent notre corps. Cet ensemble de bactéries, virus, parasites et champignons non pathogènes constitue notre microbiote intestinal (ou flore intestinale).
Son rôle est de mieux en mieux connu et les chercheurs tentent aujourd’hui de comprendre les liens entre ses déséquilibres et certaines pathologies, en particulier parmi les maladies auto-immunes et inflammatoires.

0 commentaires

Soumettre un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.

Suivez-nous

Article récent

Formation TMS

Cette partie spécifique de la formation est celle qui permet une prise en compte beaucoup plus large des origines des Troubles Musculo-Squeletiques.
Cette formation TMS élaborée par Nacéol s’appuie sur les résultats du protocole RAICE construit sur plus de 10 ans d’études et d’analyses des données régulièrement collectées en entreprise.
Les résultats ont mis en évidence l’ensemble des facteurs qui concourent aux désordres musculosquelettiques ainsi que le poids de leur contribution.
La proposition dans cette formation est de travailler sur l’ensemble de ces facteurs ce qui va rapidement améliorer à la fois les dysfonctionnements liés aux TMS mais aussi la santé individuelle.

Schéma corporel et proprioception

Depuis toujours, l’Homme n’a sans cesse évolué en fonction de son interaction avec son environnement, dépourvu de crocs, de griffes, d’ailes ou de fourrure, il n’a pu compter que sur son cerveau et de sa plasticité afin d’optimiser chacune de ses décisions et de ses actions.
Sa survie en temps qu’espèce ne dépend que de sa capacité d’adaptation face au monde extérieur, et sa connaissance de soi-même et de ses propres capacités corporelles, physiques et mentales.
Comprendre comment intervient la proprioception dans l’élaboration du schéma corporel permet de comprendre l’importance de son rôle dans le contrôle et la coordination de nos mouvements.

Entreprise et prévention santé

L’employeur est face à un nouveau défi réglementaire. Depuis peu le code du travail incombe à l’employeur de s’assurer de la santé globale physique et mentale de ses salariés. Autrement dit, le chef d’établissement a, à sa charge, cette responsabilité de conjuguer, d’articuler santé et santé au travail.

Ce qui sous-tend 2 axes de prévention :
Prendre le salarié en tant qu’individu : c’est prendre en compte le cadre professionnel et sphère privée du salarié
Faire de ses espaces de travail un lieu commun d’éducation et de formation à la santé.

Posture et mobilier ergonomique au poste de travail : Les contraintes biomécaniques

Aujourd’hui nos modes de vies et de transports de plus en plus sédentaires associés au manque d’activité physique et sportive en dehors mais aussi au sein du lieu de travail, tendent à favoriser les contraintes biomécaniques sur le corps. Cela a pour conséquence l’apparition de troubles musculosquelettiques par manque de mobilité, renforcement musculaire et de capacité d’adaptation physiologique.
Le manque de dynamisme corporel associé à une mauvaise posture prolongée due à un aménagement du poste de travail peu ergonomique se généralise, notamment avec la démocratisation du télétravail.
Debout comme assis, le corps humain subit l’action de la gravité. Cette force génère des contraintes biomécaniques ostéoarticulaires et musculaires. Comme ces contraintes varient en fonction de la posture adoptée, de sa prise de conscience (ancrage psychocorporel et psychomoteur) et de sa durée par l’individu, le poste de travail joue un rôle dans le maintien de ces troubles.

RAICE le diagnostic QVCT et les déterminants de la santé

RAICE Le Diagnostic QVCT répertorie 8 déterminants clés de la santé qui influent de la Qualité de Vie et des Conditions de Travail.

Les compétences psychosociales : life skills et soft skills

Les entreprises, les managers cherchent de nouvelles pistes. Certaines compétences humaines ou savoir être semblent a priori une réponse productrice de solutions. Ces compétences sont appelées les Compétences Psycho Sociales : Des compétences de vie « life skills » et des compétences comportementales « soft skills ».

Activité physique : Prévention et traitement des maladies chroniques

La prévention des maladies chroniques passe par une prise en charge globale incluant l’activité physique comme élément essentiel.

LE DIAGNOSTIC SANTÉ RAICE : Notions pluridisciplinaire interdisciplinaire transdisciplinaire

Il est un atelier expérientiel construit sur une approche positive et intégrative. il offre la possibilité de mieux appréhender les interconnexions entre les 8 déterminants de la QVCT et de mieux comprendre les corrélations entre : le rapport à soi, le rapport aux autres, le rapport au monde. La finalité étant de préserver le maintien des équilibres par l’Intelligence Adaptative.

Questionner l’application universelle des tests neurocognitifs

Il est question dans cet article de quantifier l’influence de la nationalité des participants sur l’évaluation de la cognition sociale.

Le résultat de cette étude démontre qu’il existe, pour un même test cognitif, une représentation mentale différente des questions qui entrainent une forte variation des réponses (20%) selon la nationalité, la culture, la langue et les normes sociales des sujets interrogés.

Ce pourquoi, chez Naceol, le diagnostic RAICE fait l’objet d’une démarche d’amélioration continue grâce à des validations externes et itératives par des spécialistes de la métrologie. Il est étudié sur les populations renseignées, à partir des bases de données collectives par des méthodes exploratoires multidimensionnelles de type analyses factorielles. Les analyses factorielles et les analyses par composantes principales ainsi que d’autres méthodes exploratoires multidimensionnelles permettent de faire la synthèse de l’information contenues. Elles recherchent les corrélations entre les items des réponses au questionnaire en faisant ressortir les axes principaux des piliers de Santé et de Bien-être d’une population particulière.

RAICE : Qualité de vie et conditions de travail 

L’Organisation Mondiale de la Santé définit la qualité de vie comme la « perception qu’a un individu de sa place dans l’existence, dans le contexte de la culture et du système de valeurs dans lesquelles il vit, en relation avec ses objectifs, ses attentes, ses normes et ses inquiétudes ». Cette définition englobe à la fois : l’état somatique, l’autonomie physique, l’état psychologique, le fonctionnement psychologique, le bien-être, les interactions sociales, les activités professionnelles et les ressources économiques.

De plus, l’Accord National Interprofessionnel (ANI) de 2013, définit la QVCT comme outil qui concilie amélioration des conditions de travail et performances de l’entreprise.